Territoires en transitions

Accompagner la transition écologique des collectivités

Participation-citoyenne-post-it
Articles thématiques CAE

Participation citoyenne et transition écologique : enseignements du webinaire Élus pour agir

Le 1 mars 2026 • Mis à jour le 19 mars 2026

Ce que disent les experts du rapport des Français à la transition écologique

Deux spécialistes ont partagé leurs analyses lors de ce webinaire : Patrick Jolivet, directeur à la Transition juste à l’ADEME, et Alice Mazeaud, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’Université de La Rochelle.

###Les perceptions des Français face au climat

L’ADEME s’appuie sur la 26ᵉ vague de son baromètre des représentations sociales du changement climatique, réalisée en juillet 2025 par OpinionWay auprès de 1 500 personnes. Les résultats confirment une tendance de fond : l’environnement demeure une préoccupation durable pour les Français. Depuis 2019, la transition écologique figure systématiquement parmi les quatre ou cinq premières préoccupations. Plusieurs enseignements structurants ressortent de cette enquête :

  • L’importance accordée à l’environnement reste stable depuis 2014, avec une note moyenne comprise entre 7,5 et 8 sur 10. Près des trois quarts des Français se déclarent très concernés.
  • **Les priorités environnementales **sont clairement identifiées : le changement climatique arrive en tête, devant la biodiversité et les pollutions.
  • **Le climatoscepticisme demeure marginal **: 61 % des Français attribuent le réchauffement climatique à l’activité humaine, 28 % à un phénomène naturel et 4 % nient son existence.
  • L’expérience directe du changement climatique progresse fortement : la part des Français déclarant en avoir fait l’expérience (canicules, phénomènes extrêmes) est passée de 25 % en 2014 à plus de la moitié en 2022, un niveau désormais stable.

Attentes et perception des acteurs : comprendre “comment faire”, avec un enjeu d’équité

Les Français ne contestent pas la transition écologique. En revanche, leurs interrogations portent sur les modalités de mise en œuvre : critères de décision, cohérence des politiques publiques et justice sociale. L’acceptation des changements repose sur une condition centrale :** l’équité**. Les individus, les collectivités locales et les associations sont perçus comme les acteurs les plus engagés, malgré des moyens limités. À l’inverse, l’action des grands collectifs – États, instances internationales et entreprises – est jugée plus décevante.

Participation citoyenne : entre multiplication des dispositifs et déceptions

Alice Mazeaud met en lumière un paradoxe : les démarches participatives se multiplient, mais elles génèrent souvent des frustrations. Plusieurs causes sont identifiées :

  • une participation sollicitée trop tard, une fois les orientations déjà définies,
  • des dispositifs sectorisés, sans vision globale,
  • un sentiment de participation « cosmétique », qui alimente la défiance.

Réinventer la participation citoyenne : deux axes structurants

Pour dépasser ces limites, Alice Mazeaud propose deux leviers complémentaires.

Améliorer la qualité des dispositifs

Cela suppose une information claire et accessible, des temps de délibération adaptés et une mise en situation réelle d’arbitrage. Il ne s’agit plus de demander des « listes au Père Noël », mais de confronter les citoyens à des choix.

Changer de posture

Les élus locaux sont invités à « prendre à bras le corps tout ce qu’ils peuvent faire dans le champ de la transition écologique » et à ne pas se considérer uniquement comme les exécutants de politiques conçues ailleurs. La transition écologique implique de repenser collectivement le modèle de développement du territoire et de laisser une place aux initiatives citoyennes, même lorsqu’elles sont inconfortables. L’objectif est clair : faire des citoyens des alliés dans la conquête d’un pouvoir collectif en faveur de la transition écologique, et non de simples figurants.

Témoignages d’élus locaux : embarquer les habitants, un impératif pour réussir

Trois élus, trois territoires, une conviction partagée : la transition écologique ne se fera pas sans les citoyens. Intervenants :

  • Emmanuel Franco, Président de la Communauté de communes du Val de Sarthe
  • Mickaël Hiraux, Maire de Fourmies et Président de la Communauté de communes du Sud-Avesnois
  • Sylvain Fagot, Maire d’Andilly-les-Marais De leurs expériences ressortent ** six enseignements majeurs**.

1. Associer les citoyens dès le départ

« Un projet ne peut commencer sans les citoyens », affirme Emmanuel Franco. À Andilly-les-Marais, Sylvain Fagot a refusé un projet éolien imposé par des développeurs. La commune a lancé un appel à manifestation d’intérêt afin de sélectionner un partenaire engagé sur la participation citoyenne. Des ateliers participatifs ont permis aux habitants de décider du nombre d’éoliennes, de leur implantation et de leur alignement. « Ces choix sont cruciaux : ces éoliennes resteront 25 à 30 ans dans le paysage », souligne le maire. Dans le Val de Sarthe, la co-construction a structuré dès l’origine l’élaboration du PCAET, avec des séances de « déformation » réunissant élus et agents pour bâtir une culture commune avant d’élaborer le projet de territoire.

2. Passer de la théorie à l’action par des preuves concrètes

Pour éviter que le projet de territoire ne reste un document théorique, Emmanuel Franco a intégré des « preuves d’amour » : des actions visibles, comme un projet totem sur la mobilité. Face à une route très fréquentée, la solution classique aurait été d’imposer une piste cyclable coûteuse. Les élus ont choisi une autre voie : co-construire le projet avec les habitants, en testant des alternatives adaptées grâce à :

  • du porte-à-porte auprès des 80 maisons concernées,
  • des rencontres sur les marchés,
  • une réunion publique animée par le Cerema, où les élus se sont volontairement mis en retrait. Cette méthode a ensuite servi de modèle pour d’autres projets.

3. Coopératives et redistribution locale des projets écologiques

À Andilly-les-Marais, la transition s’est concrétisée par la création de la COPEC, une coopérative citoyenne regroupant habitants, collectivités et 11 communes.

  • Objectif : redistribuer les bénéfices du parc éolien, soit 74 000 € par an pendant 25 ans, pour financer des projets utiles au territoire. L’engagement est fort, avec des sociétaires investissant parfois jusqu’à 40 000 €, pour un rendement équivalent à un livret A. Les coopérateurs ont entre 1 et 95 ans. Une anecdote illustre ce changement de regard : lors du transport des pales d’éoliennes de 80 mètres, une centaine d’habitants ont applaudi le convoi sous la pluie et offert un vin chaud aux convoyeurs. « Les habitants sont acteurs et fiers », souligne Sylvain Fagot.

4. Une conviction partagée : les habitants sont experts de leur territoire

À Fourmies, la municipalité a misé sur la pédagogie et des formats innovants :

  • un film expliquant les trois révolutions industrielles,
  • des voyages d’étude et conférences réunissant jusqu’à 450 personnes,
  • des ateliers de co-design pour le tiers-lieu, la chaufferie biomasse et le futur quartier Rev3. Le tiers-lieu, inauguré en 2017, a été conçu avec les habitants et intègre des équipements directement issus de leurs demandes. La ville a également créé un service Rev3, composé de 8 à 10 agents formés à l’animation en intelligence collective. Pour mobiliser les jeunes, des podcasts et un journal numérique sont réalisés par des collégiens et lycéens. La commune travaille enfin sur l’adaptation au changement climatique avec le projet « +4 degrés à l’horizon 2100 ». Résultats observés : baisse du chômage (de 34 % en 2014 à 18 % en 2022) et retour d’une culture de coopération.

5. Aller vers les publics éloignés

Mobiliser celles et ceux qui ne viennent pas spontanément reste un défi. Les élus rappellent qu’il n’existe pas de solution unique, mais plusieurs leviers complémentaires :

  • à Fourmies, la Fourmilière, un véhicule aménagé pour organiser des ateliers au cœur des quartiers et des écoles,
  • dans le Val de Sarthe, porte-à-porte, présence sur les marchés, réseaux sociaux et espace de vie sociale itinérant,
  • à Andilly-les-Marais, implication directe des agriculteurs dès la conception des projets.

6. Créer des alliances et s’appuyer sur les réseaux

Les élus soulignent l’importance des échanges entre pairs. « Il n’existe pas d’université pour devenir maire : on apprend en faisant, en observant, en échangeant », rappelle Sylvain Fagot. Lorsque le portage politique fait défaut, les citoyens peuvent également agir : interpeller leurs élus, proposer des idées, susciter des rencontres. Dans le Val de Sarthe, un budget participatif va jusqu’à la codécision : trois élus et trois citoyens attribuent ensemble les financements aux projets, sous réserve qu’ils s’inscrivent dans les transitions écologiques et sociétales.

Les clés pour embarquer les habitants dans un projet écologique

Lors du webinaire, Philippe Archias, coordinateur à la direction Prospective et Recherche de l’ADEME, a partagé plusieurs repères méthodologiques.

Une cohérence indispensable pour embarquer durablement

Les témoignages montrent que la cohérence est essentielle. Même lorsque les actions et le niveau d’engagement ne sont pas clairement définis au départ, il faut se lancer et avancer en marchant. Cette dynamique progressive constitue un levier central pour maintenir l’engagement dans le temps.

Les quatre questions clés à se poser avant d’agir

Pourquoi embarquer les habitants ? Clarifier l’objectif est fondamental : préparer le territoire à des changements futurs, obtenir l’adhésion sur un projet précis ou co-construire des solutions. Cette réflexion conditionne la méthode et le niveau de participation attendu.

Qui impliquer ? Le citoyen n’est pas une figure abstraite. Selon les formats, les publics mobilisés diffèrent. Une attention particulière doit être portée aux publics invisibles afin de ne pas renforcer les inégalités.

Quand les associer ? Le plus tôt possible, dès la phase de réflexion. Il convient d’éviter les concertations tardives et symboliques et de privilégier des outils adaptés à l’amont.

Comment faire ? La diversité des formats est essentielle. Informer, expliquer ce qui sera fait de la parole citoyenne et restituer les résultats conditionnent la confiance. Sans retour, la participation devient contre-productive.

Embarquer les habitants : facteurs clés de réussite

Les échanges convergent vers plusieurs principes structurants :

  • commencer modestement plutôt que différer,
  • accompagner et sécuriser agents et élus,
  • assumer le rôle central des élus dans la proximité et le dialogue. La participation citoyenne apparaît ainsi comme une compétence politique à cultiver, au service de projets de transition plus justes et plus durables. Élus, rejoignez le réseau pour accéder au replay du webinaire https://agirpourlatransition.ademe.fr/collectivites/conseils/elus/elus-pour-agir

Des ressources pour aller plus loin

Participation citoyenne et transition écologique : enseignements du webinaire Élus pour agir | Territoires en Transitions