Le 1 mars 2026 • Mis à jour le 19 mars 2026
Deux spécialistes ont partagé leurs analyses lors de ce webinaire : Patrick Jolivet, directeur à la Transition juste à l’ADEME, et Alice Mazeaud, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’Université de La Rochelle.
###Les perceptions des Français face au climat
L’ADEME s’appuie sur la 26ᵉ vague de son baromètre des représentations sociales du changement climatique, réalisée en juillet 2025 par OpinionWay auprès de 1 500 personnes. Les résultats confirment une tendance de fond : l’environnement demeure une préoccupation durable pour les Français. Depuis 2019, la transition écologique figure systématiquement parmi les quatre ou cinq premières préoccupations. Plusieurs enseignements structurants ressortent de cette enquête :
Les Français ne contestent pas la transition écologique. En revanche, leurs interrogations portent sur les modalités de mise en œuvre : critères de décision, cohérence des politiques publiques et justice sociale. L’acceptation des changements repose sur une condition centrale :** l’équité**. Les individus, les collectivités locales et les associations sont perçus comme les acteurs les plus engagés, malgré des moyens limités. À l’inverse, l’action des grands collectifs – États, instances internationales et entreprises – est jugée plus décevante.
Alice Mazeaud met en lumière un paradoxe : les démarches participatives se multiplient, mais elles génèrent souvent des frustrations. Plusieurs causes sont identifiées :
Pour dépasser ces limites, Alice Mazeaud propose deux leviers complémentaires.
Cela suppose une information claire et accessible, des temps de délibération adaptés et une mise en situation réelle d’arbitrage. Il ne s’agit plus de demander des « listes au Père Noël », mais de confronter les citoyens à des choix.
Les élus locaux sont invités à « prendre à bras le corps tout ce qu’ils peuvent faire dans le champ de la transition écologique » et à ne pas se considérer uniquement comme les exécutants de politiques conçues ailleurs. La transition écologique implique de repenser collectivement le modèle de développement du territoire et de laisser une place aux initiatives citoyennes, même lorsqu’elles sont inconfortables. L’objectif est clair : faire des citoyens des alliés dans la conquête d’un pouvoir collectif en faveur de la transition écologique, et non de simples figurants.
Trois élus, trois territoires, une conviction partagée : la transition écologique ne se fera pas sans les citoyens. Intervenants :
« Un projet ne peut commencer sans les citoyens », affirme Emmanuel Franco. À Andilly-les-Marais, Sylvain Fagot a refusé un projet éolien imposé par des développeurs. La commune a lancé un appel à manifestation d’intérêt afin de sélectionner un partenaire engagé sur la participation citoyenne. Des ateliers participatifs ont permis aux habitants de décider du nombre d’éoliennes, de leur implantation et de leur alignement. « Ces choix sont cruciaux : ces éoliennes resteront 25 à 30 ans dans le paysage », souligne le maire. Dans le Val de Sarthe, la co-construction a structuré dès l’origine l’élaboration du PCAET, avec des séances de « déformation » réunissant élus et agents pour bâtir une culture commune avant d’élaborer le projet de territoire.
Pour éviter que le projet de territoire ne reste un document théorique, Emmanuel Franco a intégré des « preuves d’amour » : des actions visibles, comme un projet totem sur la mobilité. Face à une route très fréquentée, la solution classique aurait été d’imposer une piste cyclable coûteuse. Les élus ont choisi une autre voie : co-construire le projet avec les habitants, en testant des alternatives adaptées grâce à :
À Andilly-les-Marais, la transition s’est concrétisée par la création de la COPEC, une coopérative citoyenne regroupant habitants, collectivités et 11 communes.
À Fourmies, la municipalité a misé sur la pédagogie et des formats innovants :
Mobiliser celles et ceux qui ne viennent pas spontanément reste un défi. Les élus rappellent qu’il n’existe pas de solution unique, mais plusieurs leviers complémentaires :
Les élus soulignent l’importance des échanges entre pairs. « Il n’existe pas d’université pour devenir maire : on apprend en faisant, en observant, en échangeant », rappelle Sylvain Fagot. Lorsque le portage politique fait défaut, les citoyens peuvent également agir : interpeller leurs élus, proposer des idées, susciter des rencontres. Dans le Val de Sarthe, un budget participatif va jusqu’à la codécision : trois élus et trois citoyens attribuent ensemble les financements aux projets, sous réserve qu’ils s’inscrivent dans les transitions écologiques et sociétales.
Lors du webinaire, Philippe Archias, coordinateur à la direction Prospective et Recherche de l’ADEME, a partagé plusieurs repères méthodologiques.
Les témoignages montrent que la cohérence est essentielle. Même lorsque les actions et le niveau d’engagement ne sont pas clairement définis au départ, il faut se lancer et avancer en marchant. Cette dynamique progressive constitue un levier central pour maintenir l’engagement dans le temps.
Pourquoi embarquer les habitants ? Clarifier l’objectif est fondamental : préparer le territoire à des changements futurs, obtenir l’adhésion sur un projet précis ou co-construire des solutions. Cette réflexion conditionne la méthode et le niveau de participation attendu.
Qui impliquer ? Le citoyen n’est pas une figure abstraite. Selon les formats, les publics mobilisés diffèrent. Une attention particulière doit être portée aux publics invisibles afin de ne pas renforcer les inégalités.
Quand les associer ? Le plus tôt possible, dès la phase de réflexion. Il convient d’éviter les concertations tardives et symboliques et de privilégier des outils adaptés à l’amont.
Comment faire ? La diversité des formats est essentielle. Informer, expliquer ce qui sera fait de la parole citoyenne et restituer les résultats conditionnent la confiance. Sans retour, la participation devient contre-productive.
Les échanges convergent vers plusieurs principes structurants :