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Sobriété foncière : des leviers concrets pour des territoires durables et attractifs

Le 27 octobre 2025 • Mis à jour le 28 novembre 2025

Le programme Territoire Engagé Transition Écologique a organisé un webinaire le 30 septembre 2025 pour partager des solutions de sobriété foncière avec des élus, techniciens et experts. Les interventions de l’ADEME, de la Ville d’Évron, de la Communauté de communes des Coëvrons (Mayenne) et de la Ville de Lons-le-Saunier (Jura) montrent que les territoires peuvent concilier développement et préservation des sols, tout en renforçant la qualité de vie et l’attractivité.

Les chiffres clés à connaître

  • 25 000 hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers disparaissent chaque année
  • L’artificialisation progresse quatre fois plus vite que la population
  • 60 % de cette artificialisation provient de l’habitat pavillonnaire
  • 150 000 hectares de friches restent mobilisables chaque année
  • Atteindre le ZAN impose une division par dix du rythme d’artificialisation d’ici 2050 Ces données posent un cadre clair : les territoires doivent ajuster leurs pratiques d’aménagement pour limiter la consommation d’espace et valoriser l’existant.

Comprendre les enjeux de la sobriété foncière

Anne Lefranc, coordinatrice au pôle aménagement des villes et des territoires à l’ADEME, a rappelé l’ampleur des conséquences de l’artificialisation : perte de biodiversité, imperméabilisation des sols, pression sur la ressource en eau, hausse des îlots de chaleur, fragilisation des sols agricoles, dévitalisation des centres-villes et augmentation des déplacements contraints.

« L’artificialisation augmente quatre fois plus vite que la population. Nous sommes complètement déconnectés de nos besoins réels. » — Anne Lefranc

Elle a souligné que l’étalement urbain repose sur un modèle linéaire qui dissocie production d’espace et besoins réels des habitants. Sur un plan social, ce modèle éloigne les ménages des centralités et renforce les inégalités territoriales.

Face à cette réalité, la sobriété foncière apporte une réponse opérationnelle fondée sur trois leviers : la requalification des espaces existants, la densification douce et la maîtrise des nouvelles ouvertures à l’urbanisation.

Le ZAN : une trajectoire exigeante mais nécessaire

Le Zéro Artificialisation Nette donne une direction claire pour 2050. Pour l’atteindre, les territoires doivent réduire fortement la consommation d’espace et engager des projets de renaturation. Les collectivités présentes ont montré que cette trajectoire peut s’inscrire dans une stratégie plus large d’adaptation climatique, de gestion de l’eau, de préservation de la biodiversité et d’amélioration du cadre de vie.

« Le ZAN offre une occasion forte de rapprocher climat, eau, biodiversité, qualité de vie et attractivité des territoires. »

La mise en œuvre passe par la réhabilitation des friches, la mutualisation des bâtiments, la dynamisation des centralités, la désimperméabilisation et la création d’espaces publics plus résilients. Ces actions produisent des effets directs sur la vitalité économique et sur la qualité de vie des habitants.

Les outils d’accompagnement de l’ADEME : Objectif ZAN et Planisol

L’ADEME a accompagné 22 territoires dans le cadre de l’expérimentation Objectif ZAN. Cet accompagnement a permis de financer et structurer des études sur :

  • La densification,
  • La désimperméabilisation,
  • L’identification des gisements,
  • La mutabilité des espaces bâtis,
  • La cartographie des sols à l’échelle de la planification. « Nous avons publié des vidéos et des fiches retour d’expérience sur la plateforme Expérimentation Urbaine. »

Planisol vient compléter cet accompagnement avec un parcours complet allant du diagnostic à la pré-opérationnalité, des aides financières et un accès à des outils mutualisés. Ce dispositif est aujourd’hui déployé dans les Hauts-de-France et le Grand Est et sera étendu en 2026.

Evron et à la Communauté de communes des Coëvrons : une stratégie foncière concertée et progressive

La Communauté de communes des Coëvrons rassemble 29 communes et 26 000 habitants au cœur d’un territoire bocager. Elle s’appuie sur un SCOT adopté en 2019, un PLUi en vigueur depuis 2020, un Plan Climat, un Plan Alimentaire Territorial, un Contrat Local de Santé et un projet de territoire 2022–2040.

Une trajectoire ZAN ambitieuse

La collectivité s’est engagée à réduire de 65 % les zones à urbaniser inscrites dans le PLUi jusqu’en 2031. Elle a appuyé sa démarche sur deux volets : un volet démographique et un volet économique. Les diagnostics ont analysé la vacance, la mutabilité des espaces et les gisements fonciers mobilisables.

Une méthode rigoureuse : le scoring des gisements

La qualification des gisements a été réalisée selon une méthode de scoring fondée sur des critères urbains (accessibilité, équipements) et environnementaux (zones humides, biodiversité), dans une logique ERC : éviter, réduire, compenser.

« Plus un site présente des enjeux environnementaux, plus il est favorable à la renaturation. À l’inverse, une faible note urbaine indique un potentiel pour la densification »

Les livrables ont permis de cartographier les gisements mobilisables et ceux à préserver, comme à Assé-le-Béranger, où le diagnostic a mis en lumière les potentiels de requalification.

Une démarche participative et pédagogique

La collectivité a animé plusieurs temps forts :

  • Un atelier des projets ouvert au public,
  • Une intervention en école primaire,
  • Des réunions avec les élus. Ces temps ont bien fonctionné même si l’implication des acteurs économiques doit encore progresser.

L’AMI Centre-Bourg lancé en 2023 compte cinq communes lauréates. Les études stratégiques et opérationnelles aboutissent aujourd’hui à des projets concrets. À Vimartin-sur-Orthe, une étude porte sur la requalification d’espaces publics dont un parking pour réactiver cet espace en lieu de convivialité.

Une dynamique territoriale en marche

Les élus renforcent aujourd’hui la trajectoire engagée :

  • La modification du SCOT pour intégrer la trajectoire ZAN
  • La révision du PLUi à venir, fondée sur les livrables du scoring
  • La mise en place d’un observatoire foncier ZAN
  • Une réflexion sur le développement agricole, notamment les bâtiments non comptabilisés comme artificialisés « Amener le sujet de la sobriété foncière n’est pas toujours simple. Mais les élus se sont montrés concernés et volontaires. »

Lons-le-Saunier : une sobriété foncière pragmatique et opérationnelle

Lons-le-Saunier, 17 000 habitants, connaît des enjeux urbains proches de ceux des grandes agglomérations malgré sa taille : gestion des eaux pluviales, îlots de chaleur, densité, attractivité du centre-ville. Trois volets structurent sa démarche engagée dans le cadre de l’AMI ZAN de 2021.

Requalification de la place de la Liberté : adapter un espace symbolique

Aménagée dans les années 2000, la place de la Liberté est très minérale et imperméable. Elle concentre la chaleur l’été. Les usagers y passent, se retrouvent ponctuellement, mais ne s’y arrêtent pas. L’objectif du projet : rendre le centre-ville plus attractif, créer un espace de vie agréable et adapter le cœur de ville aux évolutions du climat.

  • Études : 30 000 €
  • Travaux : 335 000 €
  • Surface : 8 800 m²
  • Durée : 4,5 mois (février à juin 2025) La ville a conservé une emprise libre centrale pour maintenir les manifestations et a travaillé les abords pour créer des vues dégagées sur le théâtre et les bâtiments patrimoniaux, tout en introduisant une végétalisation structurée.

Former les agents : un levier essentiel pour pérenniser les aménagements

L’entretien des nouveaux aménagements demande une gestion différenciée. Pour accompagner ce changement, la ville a formé 35 agents pendant deux jours autour de :

  • La gestion des eaux pluviales
  • La réduction des fauches
  • La préservation du patrimoine arboré
  • Les trames vertes, bleues, marron et noires « Changer la conception, c’est bien. Mais si on n’accompagne pas les agents dans le changement des pratiques, on crée des tensions entre les objectifs politiques et la réalité du terrain. » Cette formation a permis de questionner la perception d’un territoire rural souvent considéré comme “naturel”, alors que l’hypercentre crée une rupture nette dans les continuités écologiques.

Sensibilisation du public : un enjeu pour 2026

La dernière étape du projet porte sur la** sensibilisation des habitants aux pratiques d’entretien adaptées aux enjeux climatiques et écologiques.**

« Est-ce si grave qu’un végétal pousse entre un revêtement et une bordure ? »

La ville a instauré un permis de végétaliser en 2025. Ce dispositif donne la possibilité aux citoyens de contribuer au cadre de vie, en cohérence avec les attentes croissantes d’une partie de la population.

Les enseignements à retenir pour les collectivités

Les retours d’expérience convergent vers une méthode structurée. 1. Prioriser la requalification de l’existant Les friches, espaces sous-utilisés et centres-bourgs offrent un potentiel immédiat pour limiter la consommation d’espace. 2. Objectiver les décisions grâce au scoring Le croisement critères urbains / environnement est un outil de décision puissant. 3. Mobiliser élus, habitants et agents dès le début La participation renforce l’ancrage local et évite les ruptures en phase opérationnelle. 4. Aligner conception et gestion La gestion différenciée et la préservation du patrimoine arboré conditionnent la cohérence des projets dans le temps. 5. S’appuyer sur les dispositifs ADEME Objectif ZAN et Planisol apportent une ingénierie complète. 6. Faire de la sobriété foncière un levier d’attractivité Les espaces requalifiés améliorent le confort, renforcent les usages et augmentent la vitalité des centres.

Pour aller plus loin :

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