Le 14 septembre 2026 • Mis à jour le 15 septembre 2026
Aux portes de Bastia (Haute-Corse), entre plaine agricole, façade littorale et zones périurbaines en tension, la Communauté de communes Marana Golo (CCMG) poursuit résolument son chemin vers la transition écologique, initié courant 2022 dans le cadre du programme Territoire Engagé Transition Ecologique porté par l’ADEME.
À l’époque, embarquer dans la dynamique équivalait presque à sauter dans l’inconnu. Jérôme Cappellaro, Vice-Président, s’en souvient très bien : « Nous ne savions pas précisément de quoi il s’agissait, ni à quoi nous nous engagions. Mais nous y avons vu une occasion de concrétiser notre volonté d’avancer en bénéficiant de financements dédiés à travers la signature d’un Contrat d’Objectif Territorial (COT). »
Quelques années plus tard, alors que commencent à se préparer les audits marquant la fin de ce contrat (signé conjointement avec la Communauté d’Agglomération de Bastia), la collectivité dresse un premier bilan de cette aventure… et il est plutôt encourageant. Car si le chemin reste long, la posture volontariste adoptée par la CCMG force le respect.
Située entre mer et montagne, la CCMG regroupe 10 communes fédérées autour d’une même ambition : répondre localement aux défis du dérèglement climatique, de la sobriété énergétique et de la préservation des ressources. Que ce soit en matière de gestion des déchets, d’eau, d’énergie ou d’aménagement du territoire, de nombreuses actions se déployaient déjà sur le territoire de Marana Golo avant le COT… mais sans véritable stratégie globale.
Ce manque de vision d’ensemble constituait un angle mort préjudiciable, que la démarche proposée par l’ADEME a permis de révéler : « Nous nous sommes rendus compte que chaque service portait son “bout de transition”, si j’ose dire. Aujourd’hui, nous avons enfin une feuille de route vers laquelle tout le monde converge, et ça, c’est une clarification qui a beaucoup de valeur », lâche d’emblée la cheffe de projet CRTE, Julia Pelliccia, lorsqu’on lui demande d’identifier la principale transformation issue de la dynamique Territoire Engagé Transition Ecologique. « Mieux : la transition écologique est désormais un filtre, une grille de lecture partagée. Elle est l’un des fils d’Ariane de notre projet de territoire, réalisé en 2023-2024, et articulé autour de 2 piliers (sobriété et solidarité, d’un côté et attractivité et résilience, de l’autre, NDLR) et un socle transversal mettant en avant l’engagement des citoyens et des acteurs locaux. »
Le COT a aussi aidé à repenser la gouvernance, en installant une culture commune et une coordination plus régulière entre services et élus référents, au sein de la collectivité. « On en est arrivés à parler le même langage » résume Julia Pelliccia. Cette façon de faire s’est aussi progressivement élargie à l’échelle du bassin de vie : des comités de pilotage conjoints COT–CRTE–PCAET réunissent désormais des élus de la CCMG et de la CAB. L’objectif : tisser une cohérence entre des dispositifs qui peuvent ainsi utilement entrer en synergie et se polliniser l’un l’autre, plutôt que s’empiler de manière stérile.
C’est précisément cette posture - volontariste, engagée, ouverte au dialogue - que Philippe Sampieri, de la Direction régionale de l’ADEME, retient comme l’un des marqueurs emblématiques du parcours de la CCMG : « Dans l’esprit, ils y sont. On voit qu’il y a une vraie volonté d’aller au bout des choses. » Une appréciation que Manon Kania, sa collègue, complète volontiers : « La CCMG a beaucoup progressé sur des dispositifs pour lesquels ils n’étaient pas forcément en avance : mise en place de schémas directeurs, intégration dans des démarches structurantes comme le PCAET… Ce sont des fondations solides et importantes pour la robustesse de la démarche COT » explique-t-elle.
Troisième acquis remarquable : l’installation d’une logique de performance. « On ne s’évaluait pas vraiment auparavant », confie la cheffe de projet CRTE au sein de la CCMG. « Le contrat d’objectif territorial et les référentiels associés au programme T.E.T.E. nous ont obligés à nous mesurer, non pas par rapport aux autres, mais par rapport à nous-mêmes. Et ça, c’est vraiment plein d’enseignements. »
Les niveaux de progression de la collectivité, tant sur le volet Climat Air Énergie (CAE) qu’en matière d’Économie circulaire, sont ainsi devenus des repères essentiels. Ils éclairent les arbitrages, fournissent des informations cruciales pour le pilotage des plans d’action, légitiment les demandes de financements… De quoi donner l’occasion à Julia Pelliccia de tordre le cou à une idée reçue, trop souvent entendue : « Ces référentiels font peur au début, c’est vrai. Mais une fois qu’on se les est appropriés, on comprend qu’ils n’ont rien d’une usine à gaz. Ce sont, au contraire, de précieux guides pour l’action. »
La CCMG aborde la fin de son COT avec des preuves tangibles de l’efficacité du processus engagé.
Ainsi, sur le volet Climat Air Énergie, le territoire a d’ores et déjà dépassé le score qu’il s’était engagé à atteindre en 2027, notamment grâce aux actions de rénovation énergétique conduites pour réduire l’empreinte carbone de son patrimoine bâti et améliorer son efficacité énergétique, mais aussi à une série d’initiatives visant à développer une mobilité durable, en particulier à travers le recours au vélo.
« On était partis d’assez bas, c’est vrai. Donc, cela nous laissait une bonne marge », reconnaît Julia Pelliccia. « Mais le fait est là : l’objectif contractuel de progression est déjà dépassé, 18 mois avant l’audit final. » Les raisons de ce succès ? Sans aucun doute la conséquence de l’intégration directe du plan d’actions du COT au sein du PCAET - ce qui a renforcé la cohérence stratégique de l’approche et aidé à sa lisibilité et à son suivi en interne, en articulation étroite avec les axes majeurs du projet de territoire.
Autre facteur remarquable : la structuration de l’équipe (recrutement d’un chargé de mission énergie, d’un chargé de mission mobilité, d’un chargé de mission développement économique, notamment), qui a démultiplié la force de frappe de la collectivité sur le terrain. À l’ADEME, on souligne d’ailleurs avec satisfaction ce renforcement de l’ingénierie interne : « disposer des bonnes personnes, au bon endroit, pour porter des sujets complexes dans la durée, c’est une condition sine qua non pour que la dynamique tienne et prospère » valide Manon Kania.
Pour ce qui est de l’économie circulaire, en revanche, le score à 18 mois de la fin du COT n’atteint que 50% de l’objectif contractuel.
Ceci témoigne, certes, d’une avancée par rapport à la situation initiale mais celle-ci reste encore à consolider, notamment au regard du potentiel du territoire.
Mentionnons néanmoins les actions conduites autour du réemploi des matériaux ou visant à faire émerger des synergies inter-entreprises, qui portent déjà leurs fruits et suscitent l’engouement.
Épinglons aussi le travail remarquable effectué autour de la modernisation du service déchets, passé d’une approche très centrée sur l’opérationnel à une dimension beaucoup plus stratégique, incluant la conduite d’une étude d’optimisation de la collecte, l’élaboration d’un plan d’investissement pluriannuel et des réponses coordonnées à de nombreux appels à projets destinés à booster la logique déchets-ressources localement.
Au-delà des moyens financiers, la dynamique apportée par le contrat d’objectif territorial a également donné à la communauté de communes une légitimité nouvelle dans le paysage corse, tremplin pour des collaborations inédites.
Ainsi, par exemple, la CCMG - qui porte le Projet Alimentaire Territorial de niveau 2 « Si Manghja ! » - est aujourd’hui partie prenante d’une démarche de coopération européenne autour de l’alimentation durable et de la résilience des territoires méditerranéens avec, entre autres, des partenaires italiens. « Il y a deux ans, nous n’aurions même pas envisagé de nous inscrire dans un projet européen », admet Julia Pelliccia. « Mais aujourd’hui, nous nous sentons là à notre place. La démarche Territoire Engagé Transition Ecologique a stimulé notre confiance en nous et en notre expertise, et nous sommes très heureux de pouvoir la partager. »
Et c’est aussi le cas avec d’autres collectivités corses, qui voient en Marana Golo un territoire pionnier et inspirant en matière de transition écologique. Des intercommunalités voisines, telle la Communauté de communes Fium’Orbu Castellu ou celle de Castagniccia-Casinca, sont ainsi venues chercher le retour d’expérience de Marana Golo avant de s’engager à leur tour dans un COT. « C’est très valorisant pour nous », reconnaît Julia Pelliccia.
« Aussi, nous sommes toujours “cash” avec celles et ceux qui nous demandent conseil. Nous mettons en évidence tous les bénéfices induits, mais nous attirons aussi l’attention sur les difficultés qui balisent le chemin. Notamment, nous insistons sur la nécessité de se faire accompagner pour éviter de s’enliser dans des méandres technico-administratifs alors qu’il y a tant d’autres choses plus passionnantes auxquelles consacrer son temps ! »
Philippe Sampieri le reconnaît sans peine, en une formule aussi concise qu’éloquente : « Il y a clairement de l’ambition. Et les élus comme les équipes sont motivés pour aller au bout. » Une ambition qui se double, selon lui, d’un atout organisationnel décisif : le soutien actif de la direction générale des services, qui pousse la démarche et lui donne le poids institutionnel nécessaire pour gagner du terrain. Et l’on sait bien que, dans la durée, c’est souvent ce facteur-là - discret mais déterminant - qui fait la différence entre un processus qui tient et un autre qui s’essouffle.
Alors que se profilent les audits finaux, la question de « l’après-COT » commence évidemment à se poser.
À ce stade, aucune proposition concrète n’est encore sur la table. Mais, en interne, la réponse est quasi tranchée : la dynamique Territoire Engagé Transition Ecologique se poursuivra, avec ou sans subvention. Car Julia Pelliccia le concède : si le financement apporté par l’ADEME a clairement « joué le rôle de carotte au départ », ce n’est plus lui qui fait vivre la démarche désormais, en tout cas, pas majoritairement. « En revanche, les résultats mesurables engrangés, les étoiles obtenues dans le cadre du dispositif de labellisation sont eux, essentiels, pour nous donner du crédit auprès d’autres financeurs potentiels et ainsi permettre de continuer les actions en cours, voire d’en enclencher de nouvelles. »
On le voit sans ambiguïté : sur un territoire où les effets du changement climatique (canicules, tensions sur l’eau…) se font déjà sentir au quotidien ou presque, la transition écologique constitue un levier d’action concret, puissant et structurant.
Dans ce contexte, la capacité à piloter une démarche de fond, à démontrer sa progression et à se projeter dans le temps long est peut-être, au fond, le principal héritage de ces quatre années de COT. C’est aussi – et la CCMG en est bien consciente - ce qui doit impérativement être entretenu par les équipes et les élus, pour être au rendez-vous du projet de territoire et inciter d’autres collectivités insulaires à suivre l’exemple.
Propos reccueilli par Nathalie Ricaille