Le 2 juin 2026 • Mis à jour le 4 juin 2026
Territoire rural et montagnard de 46 communes (50 000 habitants) situé au cœur des Alpes-de-Haute-Provence, Provence Alpes Agglomération (P2A) a fait de la transition écologique un axe fort et structurant de son projet de territoire. L’adoption, en février 2020, du Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET) et le vote, en octobre de la même année, d’une déclaration d'état d'urgence climatique ont pavé le chemin vers la signature, quelques mois plus tard, d’un Contrat d'Objectif Territorial (COT) lié au programme Territoire Engagé Transition Écologique (T.E.T.E.) de l'ADEME. Cette démarche, pionnière à l’époque (P2A a été l’un des dix premiers territoires français à s’engager de la sorte), a eu un impact non négligeable sur les méthodes de travail de la collectivité, installant – notamment - une culture de la transversalité et de l'évaluation continue. Retour sur un parcours exigeant qui a posé les fondations d'une transition concrète et mesurable.
Cécile Chéry, Directrice régionale adjointe de l'ADEME PACA le dit d’emblée : "P2A, c’est vraiment notre cheval gagnant en région". Chez elle - qui suit avec beaucoup d’intérêt la progression de Provence Alpes Agglomération sur le chemin de la transition écologique -, il y a une conviction forte : celle de tenir là un territoire qui sait où il va et porte une démarche "à la fois cohérente et consistante" parce qu’il a su mobiliser des financements au moment opportun et s’appuyer sur les marqueurs de son territoire pour construire sa politique, en s'inscrivant délibérément dans le temps long. Dès 2017, en effet, P2A a mis en chantier sa stratégie de développement territorial, en travaillant de manière concertée avec l’ensemble des acteurs concernés (citoyens, acteurs économiques, monde associatif). Le résultat ? Un diagnostic partagé des forces et limites du territoire qui a permis à la collectivité de tirer ensuite parti de toutes ses réalités, dans le cadre du PCAET autant que du COT : une accessibilité encore compliquée qui favorise l’émergence de solutions de co-voiturage, un parc bâti plutôt ancien, qui encourage les initiatives de rénovation énergétique, un label “Territoire engagé pour la nature” qui fait de la préservation de la biodiversité un paramètre incontournable dans de nombreux projets, … pour ne citer que celles-là.
"Nous avons eu la chance d'être dans une vraie concomitance des temps pour les deux démarches" explique Nicolas Maurel, responsable du service Transition écologique au sein de Provence Alpes Agglomération.
Le démarrage du COT, en novembre 2021, a, en effet, coïncidé avec la phase de révision à mi-parcours du PCAET 2020-2025, créant une synergie à la fois rare et propice au développement d'actions coordonnées. En 2023, lors du bilan à mi-parcours réglementaire du PCAET, les référentiels Climat-Air-Énergie et Économie Circulaire du programme T.E.T.E. ont aussi permis d'actualiser le plan d'actions de la collectivité. Nicolas Maurel le résume simplement : "Le COT a permis de stimuler et de réorienter le Plan Climat, tandis que le PCAET a fait apparaître les actions sur lesquelles des marges de progression étaient possibles. C'est vraiment un processus itératif qui a fait que l'un a nourri l'autre."
Cette articulation a également produit des effets en cascade sur d'autres documents de planification. Le Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) et le Plan Local de Prévention des Déchets Ménagers et Assimilés (PLPDMA), par exemple, ont tous deux profité de la dynamique.
"Nous avons aussi consacré un axe entier de la stratégie de développement économique à la transition écologique, et à l’économie circulaire en particulier", témoigne, par ailleurs, Mathilde Jimenez. Actuellement responsable adjointe du service Développement économique et touristique, celle-ci a d'abord été chargée de mission COT au sein du service dirigé par Nicolas Maurel (de 2021 à 2024), grâce à la manne associée à ce contrat d'objectif territorial. Les 350 000€ engrangés sur quatre ans avaient, en effet, permis de recruter Mathilde à mi-temps, créant un poste dédié à l'animation de la démarche, à la collecte de données et à l'évaluation continue. "Pour fonctionner" explique-t-elle, "le COT a demandé un lien presque constant entre le service Transition écologique qui collecte les informations et les valorise, et les services qui les produisent." Cette interaction permanente a changé radicalement la manière de conduire et de monitorer la transition écologique, passant notamment d'un bilan annuel des fiches-actions à un suivi trimestriel des indicateurs.
Cécile Chéry l’a aussi constaté de ses propres yeux : "Initialement, la coordination entre services s’est heurtée à des difficultés d’articulation et de mobilisation qui pouvaient se traduire par des prises de position différentes. Le Contrat d’Objectif Territorial a alors joué un rôle déterminant en instaurant une gouvernance fondée sur le suivi d’indicateurs partagés."
Et si la dynamique "technique" s'est progressivement installée, l'appropriation du sujet par les responsables politiques communautaires a également connu une montée en puissance significative au fil de l’eau. Cécile Chéry en témoigne : "Initialement portée par l’engagement déterminant de Sandrine Cosserat, maire de Volonne puis vice-présidente dédiée à la transition écologique du précédent mandat, cette démarche a progressivement fédéré l’ensemble des élus. Désormais, elle constitue un socle consensuel et stratégique pour l’agglomération." Et ça, ça change tout.
À y regarder de près, le bilan de P2A est exemplaire. "Nous avons atteint tous nos objectifs pour le COT et nous avons reçu la totalité de l'enveloppe financière prévue, ce qui est déjà une sacrée preuve en soi", affirme Mathilde Jimenez avec fierté. "Le tout en étant, je crois, le deuxième territoire national à terminer – et le premier en région PACA –, en respectant les délais initialement fixés." De nombreux chiffres pourraient être cités qui témoignent de la pertinence et de l'efficacité des actions engagées sur le terrain. Nous n'en citerons que quelques-uns. Par exemple, l'extinction nocturne de l'éclairage public (généralisée à 40 des 46 communes du territoire) et la modernisation des équipements (26% des lampadaires passés en LED) ont permis d'éviter un surcoût de 131 500€ en 2023 par rapport à 2021, malgré la crise énergétique. Autre sujet de satisfaction – déjà évoqué plus haut : la gestion des déchets. Le nouveau système de collecte par points d'apport volontaire a réduit de 20% le volume des ordures ménagères sur les neuf premiers mois de 2024 dans les secteurs de Digne-les-Bains et du Val de Durance. Parallèlement, 1 200 composteurs individuels ont été vendus et 30 plateformes de compostage partagé installées - pour répondre à l'obligation de tri des biodéchets, certes, mais aussi pour faire évoluer les pratiques et les représentations liées aux matières organiques.
À mi-parcours du COT, dès 2023, Provence Alpes Agglomération a, par ailleurs, obtenu la labellisation « deux étoiles » sur le volet Climat-Air-Énergie du référentiel Territoire Engagé Transition Écologique. Et ce n'est pas fini puisque les métriques d'aujourd'hui attestent qu'il serait tout à fait possible pour la collectivité de solliciter l'obtention de la troisième étoile dès l'an prochain, au moment de l'adoption du PCAET révisé, prévue pour début 2027. Même constat côté "économie circulaire" : le score engrangé par P2A lui permettra sans doute d'aller chercher deux étoiles sur ce volet-là du référentiel dès la publication d'un programme d'actions actualisé.
L'occasion pour Mathilde Jimenez de saluer la qualité du travail réalisé par Linda Lescuyer, la consultante externe qui a cheminé aux côtés de P2A durant ces quatre années et a concrètement aidé à hisser la collectivité sur le podium. "Petit bémol en passant", glisse l'ancienne chargée de mission COT, l'air de rien, "c'est quand même dommage que cet accompagnement offert par l'ADEME n’inclue pas de temps pour du soutien à la préparation de la candidature à la labellisation. On nous pousse beaucoup – et à juste titre – à aller grapiller des étoiles. Donc, cela devrait faire partie du package, à mon sens."
Mais qu’à cela ne tienne, au-delà du COT - qui est à présent terminé -, Provence Alpes Agglomération reste pleinement mobilisée dans le cadre du programme Territoire Engagé Transition Écologique qui, lui, se poursuit. Car, le résultat le plus structurant de l’aventure reste sans doute la création d'un poste à temps plein au sein du service Transition écologique, aux côtés de Nicolas Maurel. Marine Piétry a ainsi été recrutée en octobre 2025 comme chargée de mission Planification écologique. "En faisant ce choix mature d'investir dans cette fonction de manière pérenne, sur ses propres deniers, la collectivité montre clairement sa volonté d'ancrer la transition écologique dans le quotidien de l'ensemble des services", souligne Nicolas Maurel.
Pour Cécile Chéry, c’est aussi cette posture qui fait de P2A une valeur sûre : "La fiabilité et l’efficacité démontrées font de P2A un territoire privilégié pour l’ADEME, susceptible d’être associé à de futures initiatives ou dispositifs expérimentaux en matière de transition écologique."
Pour autant, derrière les résultats mobilisateurs et les satisfécits, il est impossible de ne pas revenir sur l'ingénierie même du COT, qui n'a pas toujours été évidente à appréhender. Mathilde Jimenez s'en souvient sans peine : "Ces référentiels Climat-Air-Énergie et Économie Circulaire sont lourds. Et ils l’ont certainement été encore davantage pour mes collègues qui n'avaient pas le nez dedans tous les jours, comme moi, je pouvais l'avoir." La démarche elle-même ne semble pas avoir été si simple à expliquer. "Pour être honnête, j'ai un peu l'impression, parfois, d'avoir passé les trois premières années du COT à réexpliquer en permanence de quoi il s'agissait." Et Mathilde d'ajouter que ce constat était d'autant plus vrai pour les élus : "Le passage du technique au politique était quand même plus compliqué dans ce contexte d’expérimentation d’un COT que sur un PCAET classique."
La solution testée ? Une simplification progressive de la communication, en se concentrant sur les résultats plutôt que sur "l'outil", sur le score plutôt que sur la grille. Dès lors, les travaux en cours visant à migrer vers un référentiel unique lui semblent aller dans le bon sens : "Intégrer en même temps climat et économie circulaire et élargir à la biodiversité et à l’eau, par exemple, pourrait vraiment favoriser la phase d'appropriation pour les élus." Autre suggestion : développer une interface simplifiée qui facilite la compréhension et la co-construction avec des non spécialistes. Deuxième difficulté évoquée : la réalité de la charge de travail versus le temps disponible pour la mener à bien. "Le mi-temps sur le COT a permis la collecte de données et l'animation de la gouvernance, mais n'a pas été suffisant pour passer au niveau supérieur, à vraiment faire de l'accompagnement des services pour aider au passage à l'action", regrette Mathilde. Or, "tout ce travail de recueil de données, pour qu'il soit vraiment utile, il faut le faire vivre. Il faut le valoriser", insiste Nicolas Maurel. Marine Piétry poursuit donc aujourd'hui l’œuvre entamée, avec la lucidité de reconnaître que la légitimité acquise reste fragile.
"Même s'il faut évidemment se réjouir de tout ça, j'en suis convaincu : le véritable "crash test" du COT ne se situe pas dans le respect des indicateurs ou l'obtention d'un label, mais dans la capacité que nous aurons à faire perdurer quelque chose après la fin du dispositif COT", prophétise Nicolas Maurel. Sur ce plan, on l'a vu, Provence Alpes Agglomération a posé des fondations solides. "La transversalité installée entre les services, notamment, je la pense désormais irréversible", ajoute-t-il.
Mais il sait aussi que, "pour espérer véritablement ancrer la transition écologique comme un réflexe de base pour tous, il faudra sans cesse remettre l'ouvrage sur le métier, en interne mais aussi vis-à-vis des nombreux partenaires de terrain, qui nous aident à aller à la rencontre de nos 50 000 habitants, dont beaucoup restent encore à embarquer." Or, l'impossibilité de signer un nouveau COT pour prolonger celui qui est échu, cumulée à la dilution du Fonds Climat Territorial dans le Fonds Vert prive désormais la collectivité de certains de ses moyens d'animation. "C'est un sujet de préoccupation réel aujourd'hui", pose sans détour Nicolas Maurel. "Nos élus le savent et se mobilisent pour trouver des solutions."
Pour se réinventer dans la continuité, P2A devra donc faire preuve d'ingéniosité autant que d'ingénierie, et chacun en est très conscient aujourd'hui, sur ce bout de France de 1574 km², dont l'objectif fondateur reste de devenir un territoire à énergie positive d'ici 2050.
Forte d'une stratégie territoriale claire, d'une culture du "travailler ensemble" désormais ancrée et d'une reconnaissance nationale qui en fait un exemple à suivre, Provence Alpes Agglomération a démontré qu'il était possible, même pour un territoire aux multiples défis (environnement et climat, certes, mais aussi démographie, cohésion sociale, mobilité et habitat) de mener une transition écologique ambitieuse et mesurable. Reste à trouver les moyens de poursuivre cette dynamique dans la durée.
Propos recueilli par Nathalie Ricaille.